OLIVIER ABAT

© Olivier ABAT

© Olivier ABAT

> Portrait

Olivier Abat - L'irréductible


Casquette vissée sur la tête et barbe généreuse... Olivier Abat, qui a grandi dans le salon pour homme de son père, est un barbier de génération. Il n’a pas attendu la tendance pour défendre le métier de coiffeur pour homme. Un héritage qu’il transmet avec panache et simplicité.

J’ADORAIS CETTE AMBIANCE DE SALON POUR GARÇON OÙ L’ON VIENT AUSSI POUR CAUSER, BOIRE UN CAFÉ... UN ESPRIT COOL, FAMILIAL COMME À LA MAISON.
— Olivier Abat

À Céret, ce charmant village appuyé sur la frontière espagnole, cher à Picasso et sa bande, Olivier Abat est tombé dans le chaudron de la coiffure pour homme. Et ce n’est pas un accident. “Depuis tout petit, j’ai toujours traîné dans le salon de mon père (qui affiche encore aujourd’hui la même enseigne Abat Barbier Coiffeur), confie avec une douce nostalgie le barbier. J’adorais cette ambiance de salon pour garçon où l’on vient aussi pour causer, boire un café... un esprit cool, familial comme à la maison.”

Puis le temps passe mais rien ne change ou si peu. Le gamin catalan, sans même se poser la question, apprend le métier auprès de son père, roule sa bosse, puis il y a dix ans reprend le barber shop. Avant-gardiste sans le savoir, il transforme, sous l’œil bienveillant du patriarche, la salle d’attente en coin bistrot ; l’esprit demeure intact, Abat Barbier Coiffeur reste une institution. “On vient pour prendre un verre de vin, une bière, acheter un produit, parler du match d’hier, le refaire aussi et en profiter pour se faire une coupe, un rasage, une barbe.”

© Olivier abat

© Olivier abat

Les Abat sont les Gaulois du métier, irréductibles. “Dans les années 90, con e Olivier, les hommes partaient pour les salons mixtes et beaucoup de salons masculins fermaient leurs portes. Je me souviens... mon père se cachait quand il rasait ses clients, il ne voulait pas passer pour un coiFFeur ringard.

"Aujourd’hui, si tu n’es pas barbier, tu n’es pas branché !” Mais ce n’est pas à ce défenseur de la coiFFure au masculin que l’on doit préciser que le métier ne s’improvise pas. “Ils ouvrent les uns après les autres... ce que j’appelle les – nouveaux barbiers –, ceux qui se contentent de tailler la barbe et donner quelques coups de rasoirs sur le contour, insiste Olivier, sans aucune agressivité dans la voix mais l’amour du métier comme étendard. Un barbier est aussi un coi eur pour homme, ces deux compétences sont indissociables. Un bon professionnel doit savoir tout faire, de la coupe de cheveux au rasage à l’ancienne. Il doit savoir préparer son outil, aFFûter un rasoir, le passer sur le cuir pour aller chercher le FIl, bien préparer la peau à la serviette chaude, faire mousser la barbe. On passe plus de temps à préparer un rasage qu’à raser. Tous les jours, nous confirmons le dicton qui dit « Une barbe bien savonnée est à moitié rasée ! ».

UNE BARBE BIEN SAVONNÉE EST À MOITIÉ RASÉE !
— OLIVIER ABAT

Ce qui est sûr, et Olivier Abat ne s’en plaint surtout pas, c’est que cet engouement pour les barbers shop a redonné sa place et son identité aux clients. “Les hommes ne se sentent plus tels des bouche-trous dans un salon mixte, entre deux couleurs ou une permanente, poursuit-il. Par définition, les modes bougent et reviennent, et c’est tant mieux. Je suis pour une tendance plurielle. Hier, on lissait le cheveu ; aujourd’hui, on laisse les frisettes d’origine, la barbe se raccourcit, etc. Mais s’il y a une chose qui ne bouge pas, c’est la conFIance du client. L’homme semble beaucoup plus Fidèle à son barbier qu’une femme a sa coiFFeuse.”

echos-des-barbiers-portrait-expert-olivier-abat-02.jpg

Vous l’avez compris, Olivier Abat est très attaché à ses racines. Mais il n’en reste pas pour autant immobile dans ses convictions. Lui, qui a toujours défendu la profession au sein de la Fédération de la coiffure et s’est fait remarquer sur les plateaux artistiques du syndicat, a toujours soif de transmettre et de se projeter dans cet univers qu’il ne quittera pour “rien au monde”. Cette année encore, membre du jury au Barber’s International Trophy (Barber’s Meeting 2018), il cultive aussi les amitiés sincères. Avant de reprendre le salon de son père, il s’est associé à Guilaume Fort, avec qui, il a conservé une solide complicité. Et en février dernier, il a ouvert en collaboration avec Florent Nou, son ancien ouvrier, le “9.11 pour l’homme”, un barber shop de caractère de 20 m2 entre un restaurant et une vente de voitures américaines, à l’ambiance de garage californien.

Et que fait ce Gaulois quand il décroche du fauteuil ou de la scène ? Il part se ressourcer au Sénégal, dans le pays d’origine de son épouse, avec dans ses bagages, ses outils familiers. Dans un modeste salon de Saint-Louis-du- Sénégal, aux côtés d’un très vieux barbier, il sort ses lames. Là bas, le barbier de Céret n’est plus Olivier Abat, il devient, une semaine par an, “le toubab qui vient couper les cheveux”.

 


Impressions, conseils, astuces, découvrez les interviews de nos experts.

Le Mentaliste

Anthony Galifot

Le gentleman aventurier

Philippe Leblond


OFFREZ CET ARTICLE À VOTRE MEILLEUR POTE. PROFITEZ DE CETTE OCCASION POUR LUI PROUVER VOTRE AMITIÉ !